L’idée de la reconstitution du 2e procès en révision du capitaine Alfred Dreyfus revient au barreau de Rennes qui a proposé au lycée de le « rejouer » dans le lieu même où l’événement historique s’est déroulé il y a 127 ans.
La pièce de théâtre servant de base à ce projet - écrite par Olivier Maunaye à partir des minutes du procès de 1899 - avait été jouée une première fois en 1995. Pour cette deuxième reconstitution, il était donc prévu que le tribunal militaire se tiendrait dans la cité scolaire Emile Zola, dans l’actuel gymnase de l’établissement, anciennement salle des fêtes du lycée de Rennes.
La production de la pièce est le fruit d’un projet multi-partenarial qui a donné lieu à la signature d’une convention entre l’ordre des avocats de Rennes, à l’initiative du projet, le lycée Emile Zola, en charge de la réalisation du projet dans ses murs, la Région Bretagne, propriétaire du lycée, et la compagnie Théâtre Ostinato, responsable de la direction artistique (voir notre article).
Au-delà du champ propre d’intervention de chaque signataire de la convention, les partenaires se sont retrouvés autour d’un objectif commun : transmettre au plus grand nombre les enjeux historique, mémoriel et citoyen de l’affaire Dreyfus.
Ainsi, d’octobre 2025 - début des répétitions - à mars 2026 - temps des représentations-, plusieurs mois se sont écoulés qui ont permis d’une part le montage du projet dans ses dimensions dramaturgique et scénographique et, d’autre part, le règlement des multiples questions d’ordre technique, financier, logistique et humain.
Le lycée en particulier a dû s’adapter pour accueillir un tel événement dans un environnement scolaire. La transformation temporaire du gymnase en salle de spectacle a en effet contraint l’organisation et la capacité d’accueil dans un lieu ordinairement dédié aux apprentissages qui devait pouvoir accueillir 200 personnes. Outre l’implantation du conseil de guerre dans la salle qui l’avait accueilli à l’époque, l’originalité du projet reposait également sur l’association d’un professeur, de treize lycéens et de trois avocats, tous comédiens amateurs et volontaires, la plupart débutants.
Pendant six mois, tous se sont retrouvés pour des répétitions régulières, les mercredi après-midi ainsi que pendant deux week-ends de résidence au lycée pour s’imprégner du contexte passionné de l’époque, apprendre le texte, incarner les personnages historiques, adapter la mise en scène.
Ce projet relevait d’une véritable gageure au vu de la longueur et de la technicité d’un texte parfois complexe à comprendre (vocabulaire juridique, plaidoiries, références historiques multiples…) qui a demandé aux comédiens beaucoup de persévérance pour se l’approprier. Il faut rendre hommage au travail de Rozenn Tregoat, metteure en scène, qui a su fédérer un groupe et réussi à amener chaque individualité à incarner avec vivacité un ou plusieurs personnages, en sachant toujours mettre ce travail au service de la dramaturgie et du propos.
L’engagement de la troupe ne s’est jamais démenti tout au long de cette expérience unique dont le retentissement local a été remarquable, tant le procès de Rennes a laissé des traces fortes dans l’espace et l’histoire de la ville de Rennes.
Durant la semaine du 23 au 27 mars, la pièce a été donnée quatre fois : une générale puis trois représentations, dont deux publiques et une scolaire.
Les représentations – en costumes - ont attiré de nombreux spectateurs curieux qui ont chaleureusement accueilli le spectacle et reconnu le travail des comédiens. L’intérêt public a également été suscité par un sujet aux dimensions historique et mémorielle résonnant toujours fortement avec l’actualité contemporaine (manipulation de la vérité et mensonge institutionnel, droit et honneur, justice et culpabilité, discrimination et antisémitisme…).
C’est sans doute pourquoi l’ambition du projet a attiré l’attention de plusieurs médias (presse, radio, télévision). Une captation de l’intégralité de la pièce a même été réalisée : elle sera prochainement visible sur les chaînes et plateformes numériques de France TV et de TV Rennes. En outre, un documentaire de 26 minutes a également été produit (par Ouest-France) sur le processus de création rendant compte de l’aventure théâtrale et humaine de cette reconstitution dont l’enjeu a finalement dépassé le projet pédagogique et éducatif initial.
S’il était encore besoin de le rappeler, ce 2e procès en révision n’a pas apporté la preuve de la culpabilité de Dreyfus, ce dernier ayant de nouveau été condamné, avec circonstances atténuantes… Quelques jours plus tard, Alfred Dreyfus obtient néanmoins la grâce présidentielle. Et c’est seulement en 1906, après des années de combat pour la vérité, que Dreyfus est finalement réhabilité et reconnu innocent.
La Cité scolaire Emile Zola se fait un honneur d’avoir pu « Rejouer Dreyfus » et ainsi rappeler que, en dépit de l’histoire qui s’est écrite entre ses murs, il reste plus que jamais nécessaire aujourd’hui, dans une époque bousculée où réapparaissent certaines idées obscurantistes, de ne pas oublier ce moment historique qui nous oblige à raviver sans cesse les valeurs et principes démocratiques et républicains qui fondent une société humaniste.










